Pourquoi les dev sont-ils mauvais en orthographe ?


#1

Hello,

Attaquons un vrai sujet de fond, les développeurs et l’orthographe ! J’ai l’impression que les dev sont particulièrement pas copains avec l’orthographe.
Le confirmez-vous ? et si oui, avez-vous une idée d’où ça vient ?


#2

Théorie à 5 balles:

Les devs qui évoluent dans des communautés open-source prennent pour habitude que tout peut être réparable, améliorable: il suffit de contribuer à un projet.

Problème, notre chère langue ne rentre pas dans ce moule. Malgré des milliards de trucs qui pourraient être rectifiés ou optimisés, il n’existe aucune procédure simple et pérenne pour faire des monter de version du français.

“Exemple: genoux, joujoux, cailloux… ? Terminée cette exception débile: ils prennent tous un ‘s’ maintenant”

Trop d’inertie de la part des décideurs potentiels, comme l’Académie Française, et surtout une réticence jusqu’au-boutiste des consommateurs (les gens) qui ne veulent pas qu’on abîme ou dénature des siècles d’héritage caduque.

En guise de rébellion face à ce système, les devs deviennent donc jemenfoutistes.


#3

Hello.

Attaquons un vrai sujet de fond ; les développeurs et l’orthographe ! J’ai l’impression que les devs ne sont pas particulièrement copains avec l’orthographe.
Le confirmez-vous ? Et si oui, avez-vous une idée d’où ça vient ?

:)

Alors, à quoi peut bien m’avoir servi de reprendre ton texte ? Mieux le comprendre ? C’était très clair. Occuper mon temps ? J’ai mieux à faire. Te faire chier ? Je me demande sincèrement si ça n’est pas le cas…

J’ai toujours obtenu des zéros en dicté quand j’étais gamin. Je lisais énormément, et j’adorais écrire ! Mais rien à faire, mon cerveau se foutait royalement des fautes, et ce malgré toute la honte que les professionnels de l’orthographe pouvait me mettre dans le crâne. Impossible d’y arriver à l’époque…

Pourtant pour moi tout était simple. Là où les autres arrêtaient de lire des textes écrits comme du poneys en s’exclaffant, moi je lisais ces textes que je trouvais totalement compréhensibles. Dès l’instant que la sonorité reproduite à la lecture rendait le texte correcte (également la sonorité de la lecture “à voix basse”), mon cerveau était content. Ainsi pour moi les “mais/mes/mets”, “se/ceux/ce”, “les/lait/laid/lè”, “et/é/hé”, “è/es/ai/aient/ê/hais/ey” c’était du pareil au même. “Je vou assur que lire se genre de frase ou maime de lait écrrire come sa ne me pausè occun praublème deux conpréanssion”. Cependant il me suffit d’entendre “Je vé chercher du lé” pour que mon cerveau fasse des bons. Je “vè” et du “lè”.

Pourtant, qui fait chier les gens parce qu’ils ont un accent ?

Je ne peux pas parler pour les autres mais pour ma part, je ne me gave jamais d’informations inutiles. Si mon cerveau n’as pas besoin de “s” ou de “e” pour te comprendre, c’est qu’ils ne servent à rien. Alors oui si tu me dis : “je l’ai retrouvée”, tu vas me dire que ça me permet de dire que tu parles d’une fille mais tout ce que j’en dit c’est que je sais pas si tu ne me parles pas d’une chaise. Bref, sans contexte on va jamais loin. De ce fait, la conjugaison me semble une perte d’énergie pour ma pensée, et je crois que de ce point de vu je suis économe.

Bien sûr je suis loin d’être bête, j’ai une bonne mémoire, et j’arrive à forcer mon attention si je le souhaite pour bien mettre en pratique les milliers de mots et règles dont j’ai besoin pour “bien” écrire. Donc, oui, je peux écrire correctement pour tous ceux qui ont besoin de maintenir le fait que c’est important ou qui n’arrivent pas à lire le poney.

J’aime le libre, j’aime pas “l’unique bonne façon de faire” et surtout quand la seule explication au fait qu’on fasse comme cela c’est “qu’on à toujours fait comme cela”. Je ne sais pas non plus si ça a un lien.

En ce qui concerne le code par contre, il n’y a pas de notion de phonétique, tout a un sens, et tout a un but précis et je suis très ordonné et propre. Mais là encore, dans mon comportement je vois que j’ai horreur des espaces inutiles en fin de ligne, des balises inutiles ou des lignes de code inutilement verbeuses… Un peu comme cette conjugaison qui fait du français et moi de très mauvais amis.

Curieux de voir les autres comportements pour croiser des ressemblances !

Du coup je dirais que, puisque c’est pas pour faire chier, nous sommes forcé d’écrire correctement pour que ceux qui n’arrivent pas à lire (ou à supporter de lire) du poney se sentent aussi fort que “le fait de savoir appliquer toutes ces règles sans se tromper”.

De la même manière que j’écris :

var test = function (val, arr) {
    if (val) {
        if (arr) {
            arr.push(val())  ;
        } else {
            arr = [];
            arr[0] = val() ;
        }
    }
    return arr;
} 

au lieu de var test = (val, arr) => arr = val && (arr || []).push(val()); pour les petits joueurs :)

En tout cas c’est une question intéressante car j’ai toujours cru que j’étais le seul développeur à pas savoir écrire, haha !


#4

Holala je pense tout l’inverse.
Je suis un peu strict sur le langage, la typo, etc. C’est un défaut apparemment ;)

Mais moi, j’ai constaté une corrélation directe.
Vous êtes brouillon en tapant un mail ? vous le serez en tapant du code.
La langue est irréprochable ? Votre code le sera.


Et c’est logique !

  1. on souhaite travailler avec des gens qui s’expriment clairement.
  2. on a besoin de gens qui lèvent les ambiguïtés, pas qui en ajoutent *
  3. on a besoin de gens rigoureux : la virgule ou le sens du if ne pardonnent pas
  4. on lit dix fois plus de code qu’on écrit : on veut des gens qui font attention à l’écriture
  5. orthographe et grammaire sont comme un système de typage
  6. dans les conventions Ruby on Rails, pluriel ou singulier, c’est important
  7. dans la plupart des langages “objet”, il faut savoir… “qui est l’objet” (self, this)
  8. un bon appel de code c’est sujet, verbe/action/message, complément/paramètres

Exemples :

  • “ces problèmes” (ceux-là) vs “ses problèmes” (les siens)
  • “corriger X” (il faut corriger) vs “corrigé X” (c’est déjà corrigé)
  • “je ferai ça” (futur : tu vas le faire) vs “je ferais ça” (conditionnel : je le ferai SI…)
  • “OK pour le tickets” -> tu as fait UN point, ou TOUS les points ?

Bref, vous l’avez compris, le sujet me touche, j’ai envie de faire un talk sur le sujet depuis longtemps, ett ce n’est qu’un aperçu !


À noter toutefois, le respect que j’ai pour les personnes qui travaillent et son productifs malgré certains troubles psychiques : j’ai croisé beaucoup de dyslexiques, d’introvertis, de troubles bipolaires, de gens qui sont facilement déstabilisés chez les développeurs.

Le fait que “s’exprimer soit un effort parfois difficile selon la circonstance” (trop de gens, peur du jugement, stress…), n’a rien à voir avec “ce qui est dans ma tête est très clair” (je SAIS où je veux vous emmener) ou “j’arrive à me faire comprendre quand il faut” (ma vision est complexe, mais morceau par morceau on arrivera à vous la montrer).

Je n’ai pas vu grand monde qui s’exprime parfaitement du premier coup. Lever toutes les ambiguïtés et fédérer plusieurs personnes autour d’un projet commun, vu de plusieurs angles, est une compétence rare. Ça fait partie du jeu, et ça s’apprend.

Et je veux croire qu’une personne qui a des soucis d’expression, et qui s’est battu pour les corriger, révèle une grande force de caractère, Ça va être incroyablement plus facile de travailler avec eux qu’une personne au contact toujours facile mais superficiel.


Idem pour quelqu’un dont le français n’est pas la langue maternelle : il y a déjà un filtre pas trivial, et pourtant ça arrive à sortir… et derrière une vision différente des problèmes (Hypothèse de Sapir Whorf : votre langage façonne votre vision) et une habitude à traduire des choses et apprécier les nuances.


Bref, écoutez vos introvertis, pardonnez les petites fautes, mais on est dans un métier d’abstractions, de complexités et de rigueur. Si vous luttez entre passé et présent, singulier ou pluriel, démonstratif ou possessif, futur ou conditionnel… désolé, mais soit vous n’êtes pas clairs dans votre tête, soit ça ne finira pas clair dans celles de l’équipe, soit les deux.
Et là, nous aurons un problème sérieux.


#5

Oui pour ce talk !

Tout comme toi @abelar_s, c’est un sujet qui me tient à cœur et je me reconnais dans « la difficulté » que j’ai eu à surmonter ce problème de français (qui je pense a également induit mon problème avec l’anglais et les langues en général).

Hâte d’entendre ce talk ! Il faut le faire.

En tout cas j’ai trouvé ton analyse pertinente et tes arguments concrets ; Avec la petite touche de bienveillance qui va bien !

+1 pour le fait qu’effectivement le travail en équipe « passe énormément par la lecture ». Et le français a toute son importance ici.

Du coup, je dois avoir un trouble quelconque :D. Si vous pouvez me le nommer. En attendant je reste dans ma catégorie « nul en orthographe ».

Quels points communs mettent en évidence nos discours

Pour ce qui est du fait que ton discours contredit le miens, je pense pouvoir trouver des éléments en corrélations. Cela nécessite probablement de reformuler la question en ne parlant pas de « mauvais en orthographe » mais de « non attentif à l’orthographe ».

Pour reprendre mon parcourt personnel, ce n’est pas l’orthographe qui construit la manière ordonnée dont je pense, mais la sonorité et l’enchaînement des « sons ». Aussi, si je lis (j’entends dans ma tête) « j’orè bien aimer », le contexte même de la phrase me fait comprendre que c’est du conditionnel, que ça ne s’est pas passé comme ça, qu’il y a une notion de désire et que donc, transcrit en français dans les règles de l’art : on écrit « j’aurais ». Par contre dans « j’orè l’argen demin », puisque contextuellement aucun enchaînement de sons/sens ne donne de notion « d’hypothèse », en couchant cela en « français » j’écris donc « j’aurai ».

Résumons en disant que je ne me contente pas du stricte minimum (besoin de contexte) mais cependant je me satisfais du stricte nécessaire (je vire le superflu).

Je te contredirai donc sur un point ; (je pense qu’) il n’est pas nécessaire d’être bon en orthographe pour produire du code structuré, logique et ordonné. C’est probablement pour cela qu’on peut être bon en math, être très malin, comprendre facilement ses interlocuteurs et être « une quiche » en orthographe.

Là où je te rejoins complètement c’est qu’il est nécessaire d’être bon en orthographe pour partager les manières de structurer et travailler en équipe dans un contexte « lecture / écriture » (ce qui est totalement nos cas : outils de workflows, documentations, tutos).

Cela soulèves un point important qui est : « Qu’est ce qu’un bon développeur ? » Je vais gratter des hypothèses qui me viennent comme cela mais je compte sur vous pour nuancer tout ça, ça me semble bien réducteur.

  • Développeurs R&D : bonne logique, bonne compréhension des inputs, travaillent seuls (en petit groupe), dans des environnements ou ils reçoivent et produisent. Ils ont besoin d’oral et de beaucoup de réunions pour communiquer. Il se demande comment des sociétés de 300 développeurs pondent des produits si immenses (jeux vidéo). Souvent des moutons à 5 pattes.
    Ces profils sont probablement remplient de personnes « fachées » avec l’orthographe et s’épanouissent dans de petites agences .
    Citations favorites :
    « Tester c’est douter. »
    « Écrire une documentation ? Pourquoi ? »

  • Développeurs produit : Bon relationnel, ouverture d’esprit, bonne explication/documentation des outputs (besoin d’être bon en français pour le support écrit). Ils peuvent travailler à distance et ne jurent que par la documentation, la programmation par intention, les commentaires et les outils de workflow.
    Je pense que dans ce type de profil le français est bien respecté, même si c’est plus souvent l’anglais qui est utilisé. On les trouvent plutôt dans de grandes structures ou large projet open-source.
    Citations favorites :
    « Ne te plein pas à moi que j’ai fait une faute. Pull request et je te dirais merci. »

  • « Bons » Développeur : Qui cumulent les deux premiers aspects et qui peuvent faire de la R&D à grande échelle et partager les connaissances avec les autres. Je pense que c’est ceux qui ont beaucoup de visibilités sur des projets qui claques ou qui sont (devraient) leader les équipes.

Avec ces hypothèses rapides je peux avancer que :

Si quelqu’un se demande si « les développeurs sont mauvais en orthographe » comme @camilleroux, c’est probablement parce qu’il approche plus souvent le premier type de profil qui travail dans des sociétés qui ont besoin les unes des autres pour travailler et ou les développeurs sont « accessible » physiquement ou dans les échanges mails.

Dans un contexte de grosse entreprise ou tous les besoins sont en internes ou la communication inter-entreprise ne se fait pas via les développeurs. Les développeurs « sympa » avec l’orthographe son probablement moins exposé.

Je sais d’avance que ceci est incomplet car je ne traite pas l’aisance à l’oral qui mène à des développeurs-entrepreneurs (entre autre).

Corrélation Anglais / Français / Code

Je pense donc comme @abelar_s que pour les développeurs produits et + : niveau de français écrit / anglais écrit / et code (au sens maintenance, pas seulement logique) sont plus étroitement lié.

Par exemple, toute ma scolarité j’ai été une bille en français, mais également en anglais. Ça peut aisément se comprendre, moi qui est tellement attaché à la phonétique pour appréhender mon monde, je n’es pas trouvé les éléments pertinents à mon apprentissage dans notre système scolaire (C’est « la faute » de mes parents ça : il m’ont éveillé au monde en me parlant au lieu d’écrire en permanence sous mes yeux :D ).

Au contraire pour ce qui est des sciences, des maths et tout le bordel j’étais meilleur. Idem pour les trucs genre histoire / geo, etc. où il fallait enregistrer des informations et les pisser dans les jours à suivre.

Et donc mon niveau de français écrit c’est amélioré quand j’ai décidé de traduire des textes anglais pour améliorer ma compréhension des langages vis à vis des specs. Ce qui m’a conduit à ensuite être heureux parmi des projets open-source JavaScript !

À ce jour j’ai toujours besoin de « concentration » pour écrire un texte sans fautes d’orthographes, aussi hors documentation, je ne prends pas la peine de relire les « échanges (email, message, etc.) par manque de temps :s

Je vous rassure, sans concentration j’oublis des s, ent et j’inverse encore des é/er mais rien d’aussi perturbant que mes exemples volontairement exagéré (mais probablement proche des dictées de mon enfance).

Mais je m’améliore tous les jours en… écrivant et me relisant !


HS qui pourrait faire un bon sujet.

EDIT : En passant sur Youtube pour ma pause midi voici la première vidéo qui m’a été proposée parmi toutes les autres ressemblant plus à mes habitudes de visionnage :

À savoir que je n’avais encore jamais abordée ce sujet sur le net avant aujourd’hui (phonétique vs écriture).

À savoir également que je n’ai pas le souvenir d’avoir fait une quelconque recherche pour composer ce post. J’utilise Chrome, je suis full connecté aux produits Google.

Big brother watching us… ou coïncidence huhu


#6

Personnellement je fais très attention à l’orthographe, ceci comme tous les dévs que j’ai croisés.
Je me suis toujours dit “tiens si on faisait des statistiques, je suis persuadé que les dévs seraient les meilleurs en dictées”.
Autant te dire que je suis étonné de ton constat @camilleroux.


#7

Je suis très sensible à l’orthographe et la grammaire. L’éducation sans nul doute et puis une filière L avant l’informatique.
Comme quoi les 2 peuvent se conjuguer à merveille.
Je suis incapable d’envoyer un email sans faire une relecture de forme.
Pareil pour les SMS, wiki, certains mails de la direction.

A l’inverse, quand j’écris au kilomètre dans un wiki, et qu’un collègue me fait remarquer mes fautes, je peux être un peu vexé car je suis exigent avec moi-même, mais surtout j’apprécie que le collègue illustre son intérêt pour une bonne expression écrite ,et ça me motive à être vigilant.

Cependant, je fais la distinction entre expressivité de communication et expressivité technique :
l’usage de l’anglais en informatique est tout de même bien pratique car moins contraignant et met sur le même pied d’égalité les dingos et les réfractaires de la dictée.


#8

Peut-être avons nous une capacité de concentration limitée. J’ai tendance à faire des fautes lorsque j’écris entre 2 phases de développement. Le dev exige une concentration élevée et j’ai plus de mal à me concentrer lorsque je bascule sur un travail d’écriture.
Peut-être que chez certains, cela s’amplifie en un gros “je suis trop fatigué, je ne relis pas et j’envoie le mail direct” systématique !


#9

@Haeresis très impressionnant ta réponse, de quoi faire un article de blog !

Je trouve que vous êtes trop dur avec les développeurs. De manière générale, le niveau d’orthographe est très bas, y compris dans les emplois “tertiaires”, qu’ils soient catégorisés informatique ou pas. J’ai travaillé en 2011 (ça remonte !) avec 4 jeunes diplômés HEC qui montaient leur startup. Ils ne recrutaient que parmi les écoles de commerces du groupe 1 (le plus élevé) car en-dessous, le niveau d’orthographe chutait tellement que ça en devenait impossible.

Pour les développeurs : je pense qu’avoir une orthographe irréprochable est une valeur ajoutée “qui tue” par rapport à la concurrence. L’orthographe est un des seuls signe extérieur de richesse intellectuelle.